Le 5 novembre 2026, lors de la session de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen, un débat a eu lieu sur l'efficacité de la lutte contre le trafic international de drogues. Le sujet principal de la réunion était la production industrielle de drogues synthétiques au sein de l'Union européenne et la nécessité de renforcer la coopération policière. À cette occasion, Mł. Insp. Michał Aleksandrowicz, Chef du Département de lutte contre la criminalité organisée liée aux stupéfiants au sein du Bureau central d'enquête de la Police (CBŚP), a représenté les autorités polonaises de poursuite ainsi que la présidence de la plateforme européenne EMPACT dans le domaine des drogues synthétiques.
Envergure du phénomène et rôle de la Pologne
Dans son intervention, le représentant du CBŚP a mis en évidence un changement fondamental de la nature du marché européen de la drogue. L'Union européenne n'est plus seulement un marché de consommation pour les substances importées d'autres continents, mais est devenue un centre important de leur fabrication. Selon le European Drug Report 2026, sur les 63 lieux de production de cathinones synthétiques déclarés dans l'UE en 2024, 47 se trouvaient sur le territoire polonais. Ces données illustrent l'ampleur du phénomène et soulignent que la Pologne fait face à l'un des plus grands centres de production de ces substances en Europe.
Aleksandrowicz a précisé que les groupes criminels exploitent des installations industrielles avancées et des chimistes spécialisés, créant ainsi des chaînes d'approvisionnement complexes. La production illégale ne pose pas seulement un risque pour la santé publique, mais entraîne également de graves conséquences écologiques. Les laboratoires génèrent d'importantes quantités de déchets toxiques et les processus de production présentent des risques d'incendie et d'explosion. Le représentant du CBŚP a insisté sur le fait que les coûts sociaux et environnementaux de cette activité sont supportés par l'ensemble de la société, tandis que les bénéfices reviennent exclusivement aux criminels.
Résultats de l'opération OSA
Lors du débat, des résultats concrets des enquêtes ont été présentés, en prenant pour exemple l'opération OSA. Cette action a été menée par le CBŚP en coopération avec les autorités ukrainiennes de poursuite. Au cours de cette opération, trois laboratoires illégaux produisant notamment de la méthadone, du méphédrone et de l'alpha-PVP ont été démantelés. La police a arrêté 15 personnes impliquées dans ces activités illégales.
L'ampleur du matériel de preuve saisi était impressionnante. Les fonctionnaires ont confisqué 268 kilogrammes de méthadone et 153 kilogrammes d'alpha-PVP. Ils ont également sécurisé plus de 430 litres de mélanges post-réaction et plus de deux tonnes de divers produits chimiques et précurseurs. Une attention particulière a été portée à la méthadone, un opiacé synthétique qui représente un danger pour la vie et la santé en cas d'utilisation non contrôlée. Le succès de l'opération OSA a été présenté comme la preuve de l'efficacité de la coopération internationale dans la lutte contre les structures criminelles organisées.
Réforme du droit de l'UE et rôle de la plateforme EMPACT
Un élément clé de l'intervention a été la discussion sur la réforme des réglementations européennes concernant les précurseurs chimiques. La veille du débat, le 4 novembre 2026, les commissions du Parlement européen ont voté à une large majorité en faveur du rapport soutenant les nouvelles réglementations dans ce domaine. L'eurodéputé Bartłomiej Sienkiewicz est le rapporteur de la commission LIBE pour ces projets, et son engagement dans les travaux législatifs a été salué par le représentant du CBŚP.
Les modifications législatives visent à restreindre l'accès des criminels aux substances nécessaires à la fabrication de drogues dès le stade de leur acquisition. Des mécanismes administratifs bien conçus peuvent constituer une barrière efficace, rendant difficile le lancement de lignes de production illégales. Aleksandrowicz a souligné que l'objectif de la politique de sécurité ne doit pas se limiter à réagir aux menaces existantes, mais également à empêcher préventivement les criminels d'accéder aux ressources chimiques, empêchant ainsi la création de nouveaux laboratoires.
La Plateforme multidisciplinaire européenne contre les menaces criminelles (EMPACT) joue un rôle important dans ces actions. La Pologne assume depuis des années un rôle de premier plan dans la coordination de la priorité relative aux drogues synthétiques et aux nouvelles substances psychoactives. Le représentant du CBŚP a souligné la nécessité de garantir un financement stable pour ce mécanisme et d'augmenter la flexibilité dans la réalisation d'opérations conjointes. La Charte sur les menaces liées aux drogues synthétiques, adoptée par le Conseil de l'Union européenne en juin 2025 lors de la présidence polonaise, a également été évoquée. Ce document identifie l'EMPACT comme l'un des outils opérationnels clés dans la lutte contre cette menace.
Le débat s'est conclu par une réflexion sur la durabilité des résultats des actions antidrogue. Comme noté, mesurer l'efficacité uniquement par le nombre d'arrestations ou de points de production démantelés est insuffisant. L'essentiel est de perturber durablement le fonctionnement des groupes criminels organisés, y compris leur logistique et leurs financements. Le représentant du CBŚP a indiqué que le plus grand succès n'est pas la saisie record de drogues, mais une prévention efficace qui, en privant les criminels d'accès aux précurseurs, empêchera la création de nouveaux laboratoires. L'expérience de la police polonaise est utilisée pour construire une réponse plus efficace de l'Union européenne aux défis de sécurité contemporains.
